Chapitre 4 :

 

Mille ans de silence

– Réveille-moi, Princesse. Réveille-moi !

Lorsque Ash ouvrit les yeux, le bourdonnement de la voix résonnait toujours à ses oreilles. Son rêve avait été flou, mais une fois de plus elle avait rencontré son double à la peau calcinée. C’était la deuxième fois depuis qu’ils avaient quitté le château. Son inconscient essayait peut-être de lui dire quelque-chose ou peut-être était-ce simplement dû au traumatisme qu’elle avait subi en voyant son père mort. Mais cela l’inquiétait. Elle se sentait mal à l’aise, presque en danger lorsque son double s’adressait à elle.

Elle mit de coté son questionnement en voyant Kaïh s’approcher. Il faisait à peine jour et la luminosité lui permettait tout juste de distinguer ses traits. Il avait apparemment ôté son armure, révélant une sorte d’épaisse chemise noire assortie à un pantalon de cuir sombre.

– J’allais justement te réveiller. J’ai pu dénicher quelques baies et fruits et de quoi boire pour quelques jours. Tiens.

Il lui tendit une sorte de poire bleutée ainsi qu’une gourde apparemment remplie d’eau. Ash planta ses dents dans le fruit sans même prendre le temps de remercier Kaïh. La faim lui tordait le ventre, impossible de résister. La poire bleue avait un goût mentholé tonifiant. Elle sentit cette fraîcheur se diffuser dans tout son corps, dissipant le brouillard matinal qui voilait son esprit. C’était comme avaler des grains de sable froids. Seul un arrière goût d’amertume venait gâcher ce petit déjeuner improvisé. Après avoir fini, Ash se sentit aussi réveillée qu’on pouvait l’être. Pendant ce temps, Kaïh avait rejoint Telhia pour lui remettre à elle aussi une gourde pleine et un fruit.

– Préparez-vous, on va se mettre en route.

– Et ton armure ? demanda Ash.

– Je l’ai enterrée non loin d’ici. Impossible de la garder sur moi ou même de la transporter, elle est bien trop voyante. Je me contenterai de ça en attendant, ajouta-t-il en tapotant le long bouclier qu’il avait fixé dans son dos.

Ash remarqua qu’une sorte de poignée avait été vissée à sa base, transformant l’arme en une large épée triangulaire.

Pendant un instant, Ash se demanda ce qu’elle faisait là. Elle avait tant perdu en si peu de temps qu’elle ne s’en était pas vraiment aperçu. Son père, sa maison, et sa patrie qui à présent la voyait comme une traître. Tout cela semblait trop gros, presque burlesque. Et pourtant c’était la dure réalité qui expliquait pourquoi elle était dans une forêt humide, privée de la lumière du soleil, à prier pour atteindre une ville en ruines sans se faire tuer au passage.

Après avoir pris une profonde inspiration suivie d’un long soupir, elle engloutit deux longues gorgées d’eau et ils se mirent en route en direction des ruines de l’ancienne Zankior, la ville qui avait été prise par les démons mille ans auparavant.

Il avait été décidé de la reconstruire totalement car elle avait été jugée « souillée » par le mal. Mais selon Ash c’était surtout la honte qui empêchait l’ancien régent de réintégrer la capitale. Elle était devenue la preuve de la faiblesse des hommes, eux qui étaient tombés en premier… même si sans l’intervention des Séraphins, les quatre races restantes auraient fini par succomber à leur tour, c’était certain. Le hasard avait simplement désigné les Hommes comme leur première victime.

Pendant le premier jour de leur voyage, ils restèrent dans la forêt, progressant doucement entre les arbres. La marche était épuisante car le sol était irrégulier, pavé de buissons touffus à éviter et de feuilles couverte de rosée sur lesquelles ils dérapaient. L’air était chargé d’humidité. Peu importe où l’on posait les yeux, il y avait toujours soit un arbre, soit un buisson, soit une plante. Certaines avaient une teinte bleutée, d’autres étaient aussi rouges que le sang. Par endroit la végétation semblait se transformer en feu d’artifice immobile. La faune aussi était abondante. Ash put apercevoir une colonie d’insectes dont elle n’avait jamais entendu parler. Petits, gros, avec des ailes ou des cornes, tachetés de couleurs ou brillants comme des lucioles. Il suffisait de s’attarder sur un arbre pour voir une colonie de petits points lumineux progresser le long du tronc. Et encore, Ash était persuadée de ne pas tout voir.

Au soir, ils s’établirent non loin d’un petit ruisseau leur permettant de se laver et de remplir à nouveau leurs gourdes. Telhia gardait le silence et Ash restait perplexe face à ce comportement froid de la part de son amie. Elle voulait comprendre, mais pas au point de la forcer à parler. Pour briser le silence, Kaïh leur raconta l’un de ses voyages à Hisomi, la capitale des Sharps. Même s’il n’avait que vingt-quatre ou vingt-cinq ans, il avait déjà vécu énormément de choses en accompagnant le roi au cours de ses voyages.

– Leurs bâtiments sont faits de verre poli, expliquait-il. Ils le fabriquent grâce au sable du désert qui entoure leur ville. C’est leur matière première pour beaucoup de choses à vrai dire. Mobilier, bijoux, armes… il leur suffit de collecter du sable et d’utiliser leur magie pour façonner ce qu’ils veulent. Parce qu’il faut savoir que les Sharps excellent dans la maîtrise de la magie du feu. Ash ne pouvait s’empêcher de penser tristement à Votrun. Il lui avait apris tant de choses et à présent il était…

– Comme les Etrahs avec la magie liée au vent, dit-elle comme pour changer de sujet.

– Exactement. Chaque race a une prédisposition à la maîtrise d’un élément à dire vrai.

– Sauf les Hommes, souffla Telhia, qui fut elle-même surprise d’avoir parlé.

– Oui… d’ailleurs je me demande pourquoi, reprit rapidement Kaïh en se frottant le menton.

– Personne ne sait pourquoi, répondit Telhia. Beaucoup pensent que c’est une punition des Séraphins pour avoir laissé le mal envahir Zankior. Une autre théorie affirme que les ténèbres ont volé le pouvoir des Hommes lorsqu’elles ont marché sur la capitale. Mais ce ne sont que des spéculations. Pour ma part…

Sa voix se tût brusquement, laissant place à un bruissement continu qui semblait tourner autour d’eux. Sans attendre, Kaïh saisit la poignée de son bouclier en leur faisant signe de se taire.

Ash sentit à nouveau une forte dose d’adrénaline inonder ses veines. C’était peut-être sa chance d’enfin être utile. Elle saisit son Magun et le pointa en direction du bruit qui cessa immédiatement.

Le silence les enveloppa. C’était comme si la forêt retenait sa respiration. Pas même un souffle de vent ne vint agiter les branches des arbres. Rien si ce n’est le cœur de la princesse qui battait à ses tempes.

Après un moment qui leur parut une éternité, Kaïh tourna la tête vers elle, un regard interrogateur sur le visage. Ash vit alors une ombre massive se déployer d’un arbuste et bondir sur lui, le plaquant au sol avec une force inouïe. Tout se passa ensuite en un éclair.

Ash vit des dents pointues dégoulinant de bave se diriger vers la nuque de Kaïh qui se débattait comme un fou, sans parvenir à se défaire d’une patte hérissée de griffes qui recouvrait tout son torse. Au même moment, Telhia, qui amorçait un mouvement de recul, poussa un cri en trébuchant contre une racine qui la fit tomber à terre. Un roulement de tonnerre sans éclair fit trembler la terre et pendant une fraction de seconde, le noir total. Comme si plus rien n’avait existé. Le temps avait été suspendu et tout ce qui existait avait été effacé. Puis à nouveau le tonnerre gronda, ramenant Ash là où la réalité était restée une faction de seconde plus tôt. C’est alors qu’une violente détonation leur vrilla les oreilles, suivie d’une deuxième qu’ils sentirent plus qu’ils n’entendirent.

La masse s’écroula au sol et le temps reprit son cours normal.

Ash, complètement vidée de ses forces, tomba à genoux sans comprendre ce qui lui arrivait. Kaïh se précipita vers elle, apparemment sain et sauf.

– Princesse, ça va ?

Telhia arriva bientôt.

Ash était à bout de souffle, la vision trouble, le corps glacé et les muscles complètement endoloris.

– Qu’est-ce qui m’arrive ? articula-t-elle avec difficulté.

– Tu as utilisé trop de magie, ton corps est vidé de toute énergie.

Ses doigts jusque là crispée sur le Magun se détendit, laissant tomber l’arme à terre, et elle sentit une main retenir sa tête alors qu’elle plongeait vers le sol. Elle était littéralement à bout de forces. Ils la couchèrent non loin du feu et très vite elle sentit la chaleur lui redonner un peu d’énergie, mais ses membres restaient raides, complètement courbaturés. Ash parvint tout de même à tourner la tête pour enfin détailler la masse noire qui les avait attaqués. Ça ressemblait à un très gros loup pourvu de deux cornes au sommet de son crâne. De longues pointes sortaient régulièrement de son corps, comme les aiguilles d’un hérisson.

– C’est un Nacyl, expliqua Kaïh. Enfin, c’était…

En effet, deux gros trous dégoulinant d’un sang épais se dessinaient au niveau de sa tempe droite.

– Ils ne sont pas nombreux dans cette forêt mais sont très dangereux car ils chassent exclusivement de nuit. Le feu a dû l’attirer. Heureusement que tu as réagi immédiatement, sinon c’en était fini de moi.

– C’est moi qui ai fait ça ? demanda Ash, surprise.

– Oui, et tu as tout donné apparemment.

– Mais comment ? Jamais je n’ai été dans cet état après à peine deux coups de feu.

– C’était des balles de magie pure, expliqua timidement Telhia un peu plus loin, la tête tournée vers le feu. La plus vorace des magies car elle n’est mêlée à rien si ce n’est l’énergie du lanceur. Tu as dû les matérialiser très rapidement, sans prendre le temps de réfléchir. Voilà pourquoi.

– Telh…

– Je vais me coucher.

Ash voulut lui crier d’attendre, mais une douleur le long de son dos la retint et son amie disparut de son champ de vision.

– Qu’est-ce qu’elle a ? demanda-t-elle à Kaïh tout en sachant qu’il n’aurait pas de réponse.

– Je ne sais pas, mais vous devriez en parler au calme. Si on commence à s’en vouloir les uns les autres, on ne fera pas long feu.

En parler… ça semblait si simple, dit comme ça. Elle y avait pensé déjà une bonne centaine de fois, mais ça ne semblait jamais être le bon moment. Et plus elle attendait, plus Telhia semblait se renfermer. Cette simple constatation la déprimait. Kaïh avait raison, ils n’avaient pas besoin de ça en ce moment.

C’est décidé, quand l’occasion se présentera je lui parlerai, se promit Ash.

Elle huma un instant l’air chargé de la bonne odeur du bois qui brûle, sentant le sommeil s’emparer d’elle petit à petit.

– Le tonnerre à cessé ? remarqua-t-elle en tendant l’oreille.

– Quel tonnerre ? Il n’y en a pas eu.

– Ah bon ? murmura-t-elle, les paupières lourdes.

– Repose-toi, dit Kaïh après un moment de silence. Tu auras besoin de force demain.

Mais elle était déjà loin de lui, emportée par le sommeil vers le monde des songes.

Au matin, ils reprirent la route comme si rien ne s’était passé la veille. Ash ne se souvint pas si elle avait rêvé ou non de son ombre, mais elle avait eu la sensation d’avoir oublié quelque chose en se réveillant. Une sensation désagréable qui ne la quitta pas de la journée.

La marche était longue, épuisante et terriblement silencieuse. Il leur fallut au total quatre jours pour enfin sortir de la forêt émeraude. Ils découvrirent avec un certain soulagement un ciel bleu parcouru de fins nuages blancs. Le soleil sur leur peau fut comme un tonifiant, leur donnant énergie et chaleur.

– Les ruines se trouvent à une ou deux heures de marche, expliqua Kaïh en pointant vers l’ouest. On y est bientôt.

Même si la nuit n’allait pas tarder à tomber, ils décidèrent de poursuivre leur marche. Ils étaient si proche du but que s’arrêter maintenant était inconcevable. L’accord fut tacite ; ils devaient continuer. Pourtant, cette dernière ligne droite jusqu’à l’ancienne capitale sembla durer des jours. L’attente avait été si longue que se savoir proche du but les rendait impatients. Ils allaient enfin pouvoir se reposer sans craindre d’être attaqués par une bête sauvage ou d’être chassés de leur abri par des idiots de gardes embobinés par Anghor.

– On y est, lâcha Kaïh une fois qu’ils furent arrivés aux portes de la capitale.

Zankior leur apparut comme une majestueuse ville teintée de mélancolie. Si on y jetait un coup d’œil rapide, elle semblait encore intacte. Les bâtiments de pierre polie s’élevaient gracieusement du sol, solides et imposants, entourés par une muraille protégeant la ville. La cité semblait avoir été construite pour faire concurrence aux montagnes, non loin de là. Certes elle n’était pas aussi grande, mais elle dégageait une sorte d’immensité impressionnante. On pouvait presque percevoir l’aura des Rois et Reines qui s’y étaient succédés pendant des siècles avant que les ténèbres ne s’y abattent. Pourtant, lorsqu’on s’y attardait un peu, on distinguait les briques manquantes, les fissures dévorant la muraille, la moisissure recouvrant la base des bâtiments et le château totalement éventré posé au centre de la ville. Par endroits, des monticules de pierres laissaient penser que certains édifices avaient été totalement détruits.

En entrant dans la ville, il découvrirent un sol parcouru de lézardes où la mauvaise herbe commençait à pousser. La poussière recouvrait tout, et une sorte de brume pâle stagnait dans les rues désertes. Au dessus de leurs têtes, de nombreuses arches de pierre reliaient les habitations entre elles, créant des ponts à une trentaine de mètres au dessus du sol. Certaines n’avaient pas résisté au temps et s’étaient effondrées, bouchant quelques axes de circulation. L’atmosphère était oppressante et le silence comme un poids pesant sur leurs épaules. Quelque chose de terrible s’était passé ici, et pourtant la cité délabrée avait gardé une certaine grandeur.

Sans un mot, ils s’enfoncèrent dans les rues désertes tandis que le soleil se couchait derrière eux, étalant leurs ombres à l’infini. Au détour d’une ruelle, ils arrivèrent sur ce qui semblait être la place centrale. Devant leurs yeux s’élevait ce qui restait du château, surélevé pour dominer la ville. Un large escalier de marbre permettait d’accéder à sa porte, mais seules restaient les premières marches. Le reste avait été détruit, rendant l’accès au bâtiment impossible. Une arche gigantesque de pierres sombres s’élevait au centre de la place circulaire. Elle semblait encore intacte, à peine recouverte de lierre et de poussière. Ils restèrent là un moment, à contempler ce qu’il restait à contempler, puis se décidèrent à s’installer au rez-de-chaussée d’une maison bordant cette place. Les pièces étaient réparties autour d’un grand salon circulaire. On pouvait apercevoir une cuisine, deux chambres et une salle de bains en assez bon état situés en bordure de ce cercle formé par la pièce principale. Une fois le feu allumé dans une cheminée qu’ils débarrassèrent préalablement de la mousse qui la recouvrait, Kaïh décida d’aller faire un tour dans la ville afin de leur trouver de quoi manger. Ash et Telhia se retrouvèrent donc seules toutes les deux. La princesse comprit rapidement que c’était l’occasion rêvée pour enfin régler le différend qu’elles avaient. Telhia était en train d’examiner une bibliothèque pleine de livres poussiéreux jouxtant la cheminée quand Ash s’approcha d’elle.

– Telhia…

– Kaïh t’a aussi dit que nous devions parler ? la coupa-t-elle en soupirant. Tu vas me trouver bête. Je suis vraiment stupide, mais j’essaie vraiment de faire un effort tu sais.

Elle se tourna face à son amie, la tête baissée.

– Je suis désolée. Sincèrement et profondément. Je sais que je n’y suis pas vraiment pour quelque chose, mais j’ai l’impression de t’avoir trahie tout comme mon père. Je m’en veux. Et d’autant plus quand je te vois si prévenante envers moi. Ce qui s’est passé à Zankior, ce qu’il a fait… à cause de lui ton père… ton père est…

Une rivière de larmes s’échappa de ses yeux, dessinant un chemin translucide sur ses joues roses.

– Il n’y a aucun mot que je puisse prononcer et qui puisse rattraper cette erreur de mon… d’Anghor. J’ai eu beau y réfléchir encore et encore je n’ai rien trouvé à te dire, ni trouvé quoi faire pour te soulager un tant soit peu. Et c’est ça qui me rend furieuse. Contre moi et contre lui. Et cette rage retombe sur toi quand je vois que tu essaies de faire ce que moi je devrais faire : être là pour te soutenir. Alors j’en suis venue à la conclusion que…

Elle renifla bruyamment avant de poursuivre, un torrent de larmes lui descendant le long du cou.

– Je ne suis pas une bonne amie.

Ash ne put s’empêcher de sourire.

– Idiote.

Et elle l’enlaça de ses bras. Telhia tenta de s’en défaire dans un premier temps, mais son amie ne lâcha pas prise cette fois-ci. Maintenant qu’elle savait enfin le pourquoi de ce comportement froid, elle pouvait y remédier.

– Tu n’y es pour rien Telh. Comment as-tu pu penser à une chose pareille sans te rendre compte de ça ? Toi qui es si intelligente, tu aurais dû comprendre. Mais tu as raison, tu n’es pas une bonne amie.

Telhia leva les yeux vers Ash.

– Tu es une sœur pour moi. Alors arrête tes bêtises ou sinon je vais vraiment t’en vouloir. Moi qui pensais que tu me détestais à cause de la façon dont je parlais de ton père.

– Ce n’est plus mon père, articula Telhia qui se laissait enfin aller à l’étreinte que lui donnait son amie. Il doit payer pour ce qu’il a fait.

– Tu te rends compte ? demanda Ash au bout d’un petit moment. On est des fugitives en cavale, recherchées dans tout le royaume et réfugiées dans une ville fantôme et on se prend la tête pour trois fois rien. On a pas vraiment besoin de ça, tu ne crois pas ?

– Une ville fantôme ? Dis plutôt une ruine vieille de mille ans !

Des ruines vieilles de mille ans, se répéta mentalement Ash. Aussi vieilles que…

– La relique ! s’écria-t-elle alors.

Elle lâcha son amie et plongea la main dans l’une de ses poches pour en sortir un petit morceau d’étoffe semblable à de la soie rigide. Elle déplia la page où des lettres d’or diffusaient une douce lumière.

– J’avais complètement oublié que je l’avais sur moi avec tout ce qu’il s’est passé. Regarde, des lettres y sont apparues.

En effet la genèse du livre du renouveau était lisible sur cette page autrefois totalement vierge. Telhia s’approcha un peu pour mieux voir, essuyant d’une main les larmes qui persistaient encore dans ses yeux.

– Tu crois que ça veut signifier quelque chose ? La première fois qu’on l’a vue, cette page était blanche.

– Je ne sais pas, laisse moi voir.

A peine Telhia eut-elle saisi la page que les lettres dorées disparurent, comme une brume se dissipant sous le souffle du vent.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’étonna Telhia devant la page à nouveau vierge.

– Je ne sais pas, il y a deux secondes encore…

La fin de sa phrase fut perdue dans le bruit d’une explosion si violente que les murs de leur abri en tremblèrent, laissant échapper un rideau de poussière sur le sol.

– Kaïh, s’écria Telhia.

Elles se précipitèrent à une fenêtre, après qu’Ash eut remis la relique dans sa poche.

Dehors, une dizaine d’ombres se dessinait, torches à la main, formant un demi-cercle au centre duquel un homme semblait couché, immobile. Des arcs aux flèches enflammées semblaient d’ores et déjà pointer dans leur direction. En plissant les yeux, Ash reconnut le large bouclier de Kaïh posé non loin de là.

Une voix, distincte mais étrangement douce, sembla s’adresser à elles.

– Nous savons que vous vous cachez ici. Sortez sans opposer de résistance et il ne vous sera fait aucun mal.

– Ils nous ont retrouvés, pesta Ash. Ils ont dû nous suivre dans la forêt émeraude sans qu’on ne s’en rende compte.

– Qu’est-ce qu’on fait ?

Elles réfléchirent à toute vitesse, mais leurs pensées étaient parasitées par la peur. Elles auraient peut-être pu se cacher, si seulement le feu dans la cheminée n’avait révélé leur présence.

– Si vous ne vous rendez pas, nous exécuterons votre gardien. Je vous laisse encore une chance, ne la gâchez pas.

– On n’a pas le choix, grogna Ash. Viens.

Elles sortirent de l’habitation délabrée, toutes deux terrifiées, mais essayant de garder leur calme autant que possible. En arrivant à hauteur des ombres, elle purent constater que l’homme à terre était bien Kaïh, inconscient. Un homme en armure s’avança alors vers elles, leur révélant son visage à la lueur d’une torche qu’il tenait et le cœur d’Ash rata un battement. Elles s’étaient trompé en se figurant avoir à faire aux gardes royaux de Zankior.

Le teint pâle, les cheveux noirs, des veinures vertes scintillant sous la peau et une iris en fente, comme celle d’un chat… Aucun doute là dessus, cet homme était un Etrah.

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4 commentaires pour Chapitre 4 :

  1. Naliwe dit :

    On va de rebondissement en rebondissement.
    Ces 4 premiers chapitres sont vraiment prometteurs. Le style d’écriture est très fluide et l’histoire tient parfaitement la route (exercice qui n’est pas particulièrement aisé).
    Pour commencer le prologue : comme l’a si bien dit yumikuroshiro, un prologue bref qui met l’eau à la bouche et qui permet une ouverture sur tout un tat de questions diverses et variées.
    Le chapitre 1 : On entre lentement dans ce monde que tu as crée.
    J’apprécie particulièrement le fait que tu nous décrive un monde qui pourrait ressembler au notre et petit à petit, sans se presser, on glisse dans ce monde qu’on a l’impression d’avoir déjà vu en rêve dès les premières lignes au travers les yeux d’Ash, qui comme nous, ne rêve que d’une chose : partir à la découverte de ce monde magique.
    Le chapitre 2 : le suspens est à son comble…
    J’ai beau avoir essayé d’imaginé tout les scénarios possibles, je ne m’attendais pas à ce que tu choisisses celui-ci… le pire… et le plus captivant ! Avec beaucoup plus de brutalité que dans le premier chapitre, on se retrouve propulsé dans une histoire de traitrise et de pouvoir. On imagine que le traitre n’en est pas un jusqu’à ce que on le retrouve dans la chambre du roi.
    On espère ! Comment expliquer qu’au deuxième chapitre seulement, on soit déjà tellement emporté dans cette histoire qu’on se mette déjà à espérer pour ces personnages !?
    Parmi toutes mes lectures, il n’y a qu’un écrivain qui m’a aussi brusquement passionnée : Pierre Bottero.
    Le chapitre 3 : J’avoue que ce chapitre m’a un peu déçu… Pour la première foi, on s’attend un peu à ce déroulement, mais tu te rattrapes en nous laissant imaginer l’étendu que peut avoir la magie dans ce monde avec l’intervention de Telhia. Mais la fin du chapitre est prometteuse. On s’attend à une fuite acharné et épuisante aussi bien pour nous que pour les personnages.
    Le chapitre 4 : Quelle merveilleuse idée que de nous dévoiler cette magnifique citée laissé à l’abandon. Ta description est poignante et tellement envoutante. On aimerait tant avoir une image, un dessin, une esquisse… bref quelque chose qui nous permette de nous rapprocher de cette citée mythique. Elle nous fait même oublier le séjour dans la forêt d’émeraude qui pour ma pars n’a pas réellement été captivant mais néanmoins intéressant parce qu’on se rend compte que le personnage principale n’est finalement pas qu’une petite princesse qui a grandi dans un monde parfait et incapable de la moindre petite étincelle de géni. PROMETTEUR !

    À quand la suite ? Qui est cette ombre qui semble ressembler étrangement à Ash ? Est-ce son côté obscure avec ses veinures sur sa peau qui ressemble un peu aux « veinures vertes » des Etrahs ?
    Quoiqu’il en soit, j’attends avec impatience la suite.

    • Kuroshiro dit :

      Et bien voilà un commentaire bien long comme on les aimes. Qui plus est bourré de compliments, c’est le pompon !
      Je vais t’avouer que ton commentaire tombe à pic car on m’a reproché, tout juste hier, un chapitre 2 un peu cliché (avec le bras droit qui est le méchant) et décevant et ça m’a tout chamboulé. Mais comme le dit si bien le dicton, « on ne peu pas plaire à tout le monde » mais j’ajouterais qu' »on peut essayer ».
      Concernant le chapitre sur la forêt émeraude, peut-être n’est-ce pas le plus passionant, effectivement, mais il a sa place tout de même. Il symbolise beaucoup de chose (mais je serais ridicule d’expliquer cela ici).
      Je suis ravis de t’avoir entrainé avec moi, c’est le plus beau compliment qu’on peu faire à l’écrit-vain que je suis. Vraiment.
      J’espère vivement continuer sur cette voie avec les prochains chapitres pour ne pas te décevoir !

      Je n’aime pas dire ça, mais si tu as aimé, n’hésite pas à partager surtout. Et avec un peu de chance je pourrais m’acheter de la nourriture la semaine prochaine…

      Encore sank’yu et à très bientôt j’espère !

      =]

      HK

  2. Lithium dit :

    Naliwe a tout dit 😀 je ne sais pas à quel point il doit être difficile de structurer une histoire comme ça, alors je me contente de te féliciter pour l’effort que tu y mets 😀 C’est très agréable à lire en tout cas. Vivement la suite !

    • Kuroshiro dit :

      Bah, c’est avant tout beaucoup de talent tu sais… xD
      Non, ça ne me demande pas non plus un travail considérable, mais merci beaucoup ! Ça m’encourage à (essayer de) faire mieux, c’est sur ^^
      Bientôt le chap 5… hé hé hé, préparez vous à être dégoutés…

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