Chapitre 27 :

La fin d’un chapitre

Depuis son réveil à l’infirmerie, Ash ne se sentait pas très bien. Elle n’aurait pas bien su dire ce qui n’allait pas, mais elle sentait comme une pression constante peser sur elle. Bien sûr elle avait immédiatement pensé au sceau brisé dont avait parlé Anghor. Effectivement sur son poignet gauche l’un des trois traits noirs était à présent comme craquelé, et de petites veinures noires s’en échappaient. Mais on lui avait dit que ce n’était rien de grave. Pourtant elle avait bien entendu le directeur et Kensuke discuter de son coté « noir » et elle avait pris conscience qu’elle était sans doute une bombe à retardement. Et même si Anghor avait dit avoir confiance en elle, Ash restait terrifiée à l’idée de se transformer en quelqu’un d’autre. En monstre. Elle en était revenue là où elle était il y a quelques temps, quand la peur qu’un « esprit des ténèbres » en elle ne la tue. Sauf que finalement, ce n’était pas quelque chose qu’on avait scellé en elle, c’était une part d’elle-même.

Mon œil me fait super mal aujourd’hui, c’est l’horreur, pesta Kaïh en se le frottant vigoureusement.

Va à l’infirmerie, grommela Minami qui sirotait un jus de fruits.

Ils s’étaient tous les trois réunis à la cafétéria une fois les cours finis. Ash avait dû rendre un rapport écrit de tout ce qu’il s’était passé dans le laboratoire abandonné de Keepsake. Ça avait été d’autant plus dur à faire qu’elle avait dû le co-écrire avec Rei qui ne lui adressait plus la parole. Heureusement elle avait pu constater qu’il s’était bien remis de ses blessures. Ça avait été pour elle un vrai soulagement. Sans savoir pourquoi, elle se sentait un peu responsable de ce qu’il lui était arrivé. Elle avait comme l’impression d’attirer le danger. Depuis qu’elle avait fui Zankior, elle avait mis en péril tous ceux qui se trouvaient à proximité et ce à plusieurs reprises.

J’ai pas envie d’aller là-bas, répondit Kaïh. L’infirmière est aussi douce qu’un… tractopelle !

Oh, tu sais ce qu’est un tractopelle ? s’étonna Minami. Tu passes beaucoup de temps à étudier les archives de la Terre, non ?

Pas autant qu’Ashelia en fait. Je crois qu’elle commence à en savoir plus sur votre planète que la plupart d’entre vous. N’est-ce pas ?

La princesse se contenta d’acquiescer sans vraiment se soucier de ce qu’était la question. Elle restait obnubilée par cette étrange sensation en elle. Et plus elle se concentrait pour découvrir son origine, plus il lui semblait que son esprit s’échauffait.

Ça ne va pas Ashelia ? insista Minami. Au fait j’adore ta nouvelle coiffure !

En effet, comme Ash avait dû se couper sa longue queue de cheval pour se libérer de l’emprise du Memento, elle affichait à présent un carré long lorsqu’elle avait les cheveux lâchés. Mais le plus souvent elle ne laissait que ses deux longues mèches de devant libres, le reste de ses cheveux ramené derrière sa tête en une petite queue.

Où est Laruku ? demanda-t-elle, surtout pour changer de sujet.

‘Chais pas, avoua Minami. Ça fait trois jours qu’il ne vient plus en cours. Après ce qu’il a dit la dernière fois, j’ai peur qu’il ne se soit toujours pas accoutumé à la vie sur l’Hybris. Je peux le comprendre cela dit.

Je vais le voir, lança Ash avant de se lever et de se mettre en route vers le dortoir des garçons.

Attends-moi, je viens avec toi, s’écria Kaïh. Désolé, Minami, réunion V.I.P., on se voit plus tard !

Il firent donc route à deux vers la chambre de leur ami.

Le comportement de ce dernier les inquiétait de plus en plus. Il n’avait même pas pris part à la mission qui avait conduit Ash à l’infirmerie. Seul Kaïh allait le voir de temps en temps pour prendre de ses nouvelles, mais l’Etrah restait froid et distant.

Une fois arrivés, ils frappèrent à trois reprises avant que Laruku daigne leur ouvrir.

Qu’est-ce que vous voulez ? demanda-t-il d’un air blasé en entrouvrant la porte. Je ne suis pas d’humeur.

Super accueil, commenta Kaïh.
Puis il força Laruku à ouvrir grand pour les laisser entrer. Le jeune homme alla directement s’installer sur le lit posé au fond de la chambre, tandis qu’Ash s’excusait avant d’entrer.

C’était la copie conforme de sa propre chambre. Elle s’assit donc sur le coin du lit après avoir poussé Kaïh qui s’y était allongé.

Laruku alla s’affaler sur une chaise non loin d’eux, sans dire un mot. Un court silence suivit. Ash aurait voulu dire quelque chose, mais elle ne savait pas vraiment quoi. Et puis Kaïh était à nouveau occupé à se frotter l’œil d’une main en soupirant. Étonnamment, ce fut l’Etrah qui prit la parole.

Vous vous inquiétez pour rien. Je vais bien. C’est juste que je voulais faire quelques recherches de mon coté, c’est tout.

Des recherches sur quoi ? demanda Kaïh.

Sur… sur le…

Pourquoi tu nous mens ? le coupa Ash. Depuis le temps qu’on se côtoie maintenant tu devrais voir en nous des amis. Si tu as un problème, si tu te sens mal, on trouvera une solution ensemble. Que ça te plaise ou non, on ne va pas te laisser te morfondre dans ton coin sans rien faire comme tu le souhaites.

La princesse sentait bien qu’elle était un peu irritée et de ce fait elle parlait sans détour. Peut-être était-ce une bonne chose au final. La douceur n’aiderait pas son ami, elle en était certaine. Il faillait le faire réagir.

Alors au lieu de déprimer dans ton coin, agis ! Mêle-toi aux autres, intéresse-toi aux cours, profite d’un repas avec nous et arrête de te faire du mal. Je t’avouerai que moi aussi je suis un peu perdue, pour d’autres raisons, mais si je me laissais abattre je n’avancerais plus. Et à quoi ça sert de rester sur place à se plaindre de notre condition ? Il y a un dicton terrien qui dit qu’un imbécile qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel assis. Si j’ai bien compris ça veut dire que parfois il vaut mieux arrêter de trop réfléchir et simplement aller de l’avant. Pour que le paysage change. Je n’ai même pas envie de te laisser le choix. J’aimerais t’obliger à bouger, mais au final j’en suis incapable. C’est toi qui dois prendre la décision tout seul. Alors oui, je sais que tu es bien plus âgé que moi et que la quasi-totalité des gens ici. Mais tu sais aussi bien que moi qu’on a toujours à apprendre de tout le monde. Alors si tu pouvais essayer de comprendre ce que je viens de te dire, sans penser d’emblée que je ne suis qu’une jeune fille sans cervelle qui fait son caprice, je te garantis que tu auras tout à gagner.

Le silence qui s’ensuivit fut l’occasion pour Ash de noter qu’un mal de crâne venait de pointer le bout de son nez. Elle déglutit bruyamment et se massa les tempes en fermant les yeux.

Je n’ai jamais pensé que tu étais sotte. À dire vrai tu es, à ce jour, l’une des personnes les plus matures et réfléchies qu’il m’ait été donné de rencontrer.

Il lui adressa ensuite un discret sourire.

Ça vous dit qu’on aille prendre l’air ? Je suis enfermé ici depuis trois jours, j’ai besoin de me dégourdir les jambes.

Ravis de ce changement de comportement, Ash et Kaïh accompagnèrent leur ami au dehors. Ils se mirent à marcher dans les jardins jouxtant les bâtiments principaux de l’Hybris. Comme toujours, le soleil rayonnait fort sur leur peau, les réchauffant agréablement.

J’ai longuement réfléchi, avoua Laruku en marchant le long d’une haie parfaitement taillée, et je n’ai vraiment pas envie d’être sur le terrain. En fait le combat ne me correspond pas vraiment, même si je me débrouille, je ne suis pas fait pour ça. Mais je ne veux pas pour autant rester inactif.

Tu devrais en parler avec Anghor, répondit Ash. Je crois savoir qu’il existe des opérateurs sur l’Hybris qui restent en contact avec les équipes envoyées sur Gaëa. Ou bien tu pourrais être stratège et établir des plans de mission. Ou même intégrer un des laboratoires de recherche de l’école. Après tout, c’est ce que tu faisais à Ares : des recherches.

C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses que je pourrais faire sans pour autant me battre. J’irai voir Anghor demain, ça me semble être une bonne idée. Je ferai de mon mieux pour t’aider. Et à terme, l’idée de découvrir une nouvelle planète sur un plan de l’espace différent du nôtre est très séduisante. J’aimerais voir cette Terre de mes yeux.

Tu me rassures, plaisanta Ash, je n’étais pas vraiment ravie à l’idée de m’y rendre toute seule. Mais avec vous, ce serait super. N’est-ce pas Kaïh ?

Mais Kaïh ne répondit pas, à la place il laissa échapper un petit gémissement, qui força Ash, inquiète, à faire un rapide volte-face.

Kaïh ?

A ce moment précis Ash pressentit que quelque chose allait changer. Impossible pour elle de comprendre ce sentiment, mais la vision qui s’offrait à elle lui fit comprendre qu’un chapitre allait se clore définitivement.

Kaïh était plus en arrière, un genou à terre, les deux mains plaquées sur son œil, les épaules agitées par des tremblements qui semblaient gagner en puissance. La princesse accourut à ses cotés, se sentant étrangement perdue et impuissante face à cette situation qu’elle associa à une sensation proche du déjà-vu. Comme si elle savait à l’avance ce qui allait se passer, sans vraiment savoir. À nouveau Kaïh laissa échapper un grognement suggérant qu’il essayait de contenir un cri de douleur. Ash obligea son ami à retirer ses mains de son œil, sentant au passage les violentes secousses qui parcouraient ses membres. Et là elle vit que dans la pupille déjà meurtrie du jeune homme, un symbole lumineux était apparu et de larges veinures rouges commençaient à creuser leur sillon tout autour de l’œil du jeune homme. Comme des serpents lumineux avançant lentement sous sa peau.

– … fu… fu…yez…. articula Kaïh les dents toujours serrées. Mo… moto…

Mais il n’eut pas le temps de finir. Son corps se redressa violemment comme un ressort et un puissant souffle repoussa la princesse en arrière. Lorsqu’elle posa à nouveau les yeux sur son ami, une aura rouge l’entourait et ses yeux affichaient une expression qu’elle n’avait jamais vue dans ceux du jeune homme. Ce n’était plus Kaïh.

Finalement ! s’exclama la voix déformée de Kaïh. Enfin me voilà devant toi, Princesse Ash Zanakioriah. Ça fait longtemps, n’est-ce pas ?

Autour d’eux un petit groupe d’élève s’était approché, curieux. Lorsque ceux-ci entendirent le nom de la princesse, ils commencèrent à se chuchoter des choses à l’oreille.

Allez chercher Anghor ! s’exclama alors Laruku. Motoko est là ! Vite !

Mais les élèves ne réagirent pas, continuant à assister à la scène en murmurant tandis que d’autres curieux arrivaient, attirés par la forte aura rouge que dégageait le corps de Kaïh.

Il y a la manière douce ou la manière forte Princesse. Je te laisse le choix.

Libère Kaïh, s’écria-t-elle en cachant difficilement sa panique.

Mais Motoko se mit à rire au travers du corps de Kaïh.

Tu crois être en position de force ? Vraiment ? Ne sois pas stupide !

Laruku s’élança alors vers lui, rayonnant de son aura verte. Le choc fut si violent que tous les curieux rassemblés en cercle autour d’eux furent soufflés à terre. Après quoi, beaucoup se relevèrent et partirent en direction de la tour centrale, paniqués.

Les pieds de Laruku ne touchaient même plus le sol. La main de Kaïh avait saisi son cou et il s’était mis à léviter, entraînant l’Etrah avec lui à un mètre du sol.

J’ai le pouvoir de tuer tes deux amis instantanément. Il me suffirait d’une seconde pour briser la nuque de l’Etrah et d’une autre pour faire exploser le cerveau de ce corps inutile que j’emprunte. Alors écoute-moi attentivement ; tu vas t’approcher de moi et prendre ma main. Si tu amorces un fractionnement, je le saurai immédiatement et tu pourras dire Adieu à tes amis.

La main libre de Kaïh se leva alors, tendue vers la princesse qui sentait ses jambes trembler si fort qu’elle se demanda si elle arriverait seulement à marcher.

Pourquoi faites-vous ça ? articula Ash avec difficulté. Il y a sûrement un autre moyen.

Je refuse de t’expliquer mes raisons. Sache juste que j’ai tout envisagé avant d’en arriver là. Maintenant approche-toi.

Ash se redressa alors, faisant tout son possible pour contenir les tremblements qui parcouraient ses membres. Elle était terrifiée. Comme jamais elle ne l’avait été. Elle s’était pensée en sécurité dans cette école. Une sensation qu’elle n’avait plus ressentie depuis de longs mois. Et pourtant, ses amis allaient peut-être mourir devant ses yeux dans quelques secondes. Comment en était-on arrivé là ?

Dépêche-toi ! hurla la voix de Kaïh.

Laissez-la tranquille ! lança alors un garçon arborant l’uniforme des Slayer.

Il vint se placer entre Ash et Kaïh, dégainant une large épée, bientôt imité par une dizaine d’autres élèves. Certains étaient encore très jeunes et pourtant ils n’hésitèrent pas à se placer en première ligne, commençant un fractionnement.

Mais l’aura rouge entourant Kaïh gagna en intensité, et alors que certains élèves amorçaient une attaque, une phrase étrange résonna.

Seppen wa tengankyô no tsuyu to naru

Ash crut que toute la chaleur du monde avait disparu. Un froid polaire lui fouetta le visage si fort qu’elle leva les bras devant ses yeux pour se protéger de la morsure glaciale qui s’abattit sur elle. Lorsqu’elle put à nouveau ouvrir les yeux, elle découvrit devant elle une dizaine de statues de glace, toutes figées dans un mouvement différent. Le sol avait été entièrement gelé à leurs pieds.

Un claquement de doigt résonna, suivi d’une vague d’aura rouge qui en se propageant fit exploser les statues de glace. Ash comprit que Motoko venait de tuer ceux qui s’étaient mis en travers de sa route. Elle avait aussi fait démonstration d’une magie si puissante qu’Ash était définitivement tétanisée, agenouillée à terre, aussi faible et impuissante qu’un nourrisson.

Le corps de Kaïh lévita alors jusqu’à elle, et sa main empoigna le bras de la princesse, la remettant debout.

À présent regarde-moi.

Toujours en proie à une peur sourde, Ash baissait les yeux, cherchant encore à assimiler ce qu’il venait de se passer.

REGARDE-MOI !

Le cri la força à plonger ses yeux dans ceux de Kaïh. Mais elle sentit le regard de Motoko pénétrer en elle. Comme si un lien venait de s’établir entre elles deux par l’intermédiaire de Kaïh.

Je vais reprendre ces esprits que tu possèdes et je les utiliserai pour sauver ce qu’il reste à sauver. Quant à toi, tu finiras soit par mourir engloutie par les ténèbres qui te rongent, soit par t’éveiller et te joindre à moi, enfin lucide. Et crois-moi, ces deux solutions me conviennent parfaitement.

Et à nouveau, Motoko prononça une phrase avec une voix étrangement puissante et douce à la fois.

Shimauma no shima no naka yori hatsu-cho ku.

Alors Ash sentit une partie de sa force comme aspirée hors de son corps. Elle sentit même nettement se détacher d’elle l’esprit de l’eau. C’était comme si on lui avait retiré un bout de son cœur. Une larme roula même sur sa joue tandis que la tristesse la submergeait. Puis elle sentit l’esprit du vent commencer à glisser hors d’elle. C’était comme si une déchirure apparaissait dans son corps. La douleur semblait presque physique.

La voix de Thyella, l’esprit du vent, résonna alors dans sa tête.

Ne la laisse pas m’emporter. Bats-toi car je suis à toi. Ensemble nous sauverons Gaëa.

Ash fit de son mieux pour résister mais elle ne savait pas comment faire. Et même si elle essayait de toutes ses forces, la déchirure s’étendait, Thyella lui échappait…

Motoko s’arrêta brusquement, et la déchirure se referma instantanément. Ash tomba à terre, ne comprenant pas ce qu’il se passait.

Je n’ai rien à te dire, vieux fou !

Tu es aussi vieille quoi moi, Motoko. Et la folie n’est qu’une question de point de vue.

Anghor était là, se tenant bien droit face à Motoko, Ash toujours à terre entre les deux Gardiens.

Tu sais que j’ai le pouvoir de tuer mon hôte, et cet Etrah est à deux doigts du trépas. Qu’espères-tu faire contre ça ?

Allons Motoko, tuer gratuitement ne te ressemble pas. Tu es déterminée, mais pas cruelle.

Il s’ensuivit un long silence durant lequel ils se regardèrent intensément sans ciller. Comme s’ils livraient un combat invisible. Pendant ce temps une masse d’élèves s’était réunie autour d’eux. Ils restaient à bonne distance, observant leur directeur faire face au danger sans une once de peur.

Au terme de ce long silence, Ash vit dans les yeux de Motoko de la peur.

NON ! s’écria alors Anghor.

Ash ne comprit pas tout de suite d’où venait le sang qui ruisselait sur son visage. Elle n’avait mal nulle part, pourtant le sang continuait de couler, tâchant ses vêtements avant de se répandre sur le sol toujours gelé. Elle leva la tête pour voir une fine pluie rouge s’abattre sur elle. Le corps de Laruku retomba alors mollement à coté d’elle, et la pluie cessa.

Nous nous reverrons, lança Motoko.

Puis Anghor accompagna le corps de Kaïh à terre et Ash vit une longue pointe de glace dans la main ensanglantée du directeur. Cette vision était étrange car la princesse n’arrivait pas à comprendre comment l’une des extrémités pouvait être enfoncée dans l’œil de son ami. Perdue, elle mit un long moment à l’accepter. Vraiment très long moment.

Pendant ce temps Anghor sanglotait au côté des corps inertes de ses amis.

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