Chapitre 13

 

Celle qui ne voyait pas le ciel

Il avait fallu une semaine à Ash pour se remettre complètement de sa symbiose avec l’esprit du vent. Sa convalescence, qui se résumait en fait à des courbatures lacérant ses muscles, ne l’avait cependant pas empêchée de marcher avec les autres en direction de Riah. Et même si les autres avaient insisté pour qu’ils fassent une halte, elle avait refusé tout net. S’ils venaient à rester trop longtemps au même endroit, Acedioth — l’homme araignée qui avait invoqué les démons — les rattraperait rapidement. Il était sans doute toujours sur leurs traces. De plus, Kaïh s’était bien remis de ses blessures grâce aux traitements de Laruku.

Un frisson désagréable parcourut le corps de la princesse lorsque le visage couvert de bandages de l’homme lui revint en tête. Elle s’empressa de l’effacer en se concentrant sur les vagues qui venaient régulièrement s’écraser sur la coque du bateau qui faisait le voyage entre Ertiopa et Nehbrah. Au loin, le petit village de Riah avait déjà commencé à disparaître derrière l’horizon, comme englouti par les eaux. Ils n’étaient restés qu’une nuit et au matin, après s’être réapprovisionnés, ils avaient quitté le petit village.

Je n’arrive pas à croire qu’on s’éloigne toujours plus de Zankior.

Telhia s’accouda à la rambarde du bateau, juste à coté de son amie, fixant elle aussi l’horizon.

Oui, mais Teronel comme Ertiopa sont devenus trop dangereux pour nous, répondit Ash avec une pointe de tristesse dans la voix. C’est étrange, mais j’ai la désagréable impression que je ne reviendrai jamais ici. Comme si ce voyage était à sens unique et qu’il n’y aurait pas de retour en arrière possible.

Ça me le fait aussi je crois, répondit Telhia après avoir laissé quelques vagues se fracasser contre la coque. Je pense que c’est parce que nous avons perdu notre foyer. Plus personne ne nous attend là bas.

Ash crut sentir l’espace d’un instant l’émotion submerger la voix de son amie, mais lorsqu’elles échangèrent un regard, Telhia affichait un sourire du coin des lèvres. Elles avaient finalement renoué les liens qui s’étaient défaits pendant leur mois d’entraînement intensif. Leur relation n’était plus exactement la même qu’à Zankior, sans être mieux ni moins bien, elle était différente. La princesse pouvait le sentir.

Dis-moi, hésita Telhia en laissant le début de sa phrase en suspens quelques secondes, la symbiose, lorsqu’elle s’opère, ça te fait comment ?

Ash ne sut pas bien quoi répondre à cette soudaine question. Ils en avaient beaucoup parlé avec Laruku pour essayer de comprendre comment tout cela pouvait fonctionner, mais à part des suppositions plus ou moins évidentes, ils n’avaient rien vraiment pu en ressortir.

Eh bien, sur le moment je n’ai pas vraiment eu le temps de faire attention à ce qu’il m’arrivait, expliqua la princesse tout en réfléchissant. Mes pensées se sont mises à filer à toute vitesse dans ma tête pendant qu’une sorte de fourmillement envahissait mon corps. Comme s’il s’engourdissait. Et puis je me suis sentie très légère et capable de tout réaliser.

Par réflexe Ash porta sa main contre sa poitrine. Depuis sa symbiose, un des symboles qui étaient apparus sur son corps était resté. Au creux de sa poitrine, le triangle incomplet pointant vers le haut, coupé par une ligne horizontale, était toujours visible. Comme une sorte de tatouage vert sombre gravé dans sa peau.

Non loin d’elles, à l’avant du bateau, Kaïh discutait avec un des membres de l’équipage tandis que Laruku s’était enfermé dans sa cabine en précisant qu’il ne voulait pas être dérangé. Le jeune homme s’était bien remis des blessures qu’Acedioth lui avait infligées.

Le ciel gris semblait menaçant, mais pas une goutte de pluie n’était tombée ces derniers jours.

Une tempête se prépare.

D’un même mouvement Ash et Telhia se tournèrent vers la jeune femme qui avait parlé. Elles furent immédiatement surprises de constater que ses yeux étaient couverts par un ruban rouge, étroitement noué derrière sa tête. Ses longs cheveux noirs s’agitaient derrière elle. Sa frange, coupée net, s’arrêtait juste au dessus de ses fins sourcils. Son visage était fin, mais affichait des courbes arrondies. Ash ne put s’empêcher de remarquer sa très généreuse poitrine entourée par une fine armure aux aspects de bustier auquel étaient attachées de fines étoffes rouges qui couvraient en partie le bas de son corps. Elle était d’une rare beauté.

L’océan semble calme pour le moment, remarqua Telhia.

Ash acquiesça en silence, toujours fascinée par la beauté de la jeune femme. Elle devait avoir une dizaine d’année de plus qu’elle au grand maximum.

Ne sentez-vous pas l’air se charger en électricité ? demanda la femme aux yeux bandés. Vous manipulez pourtant l’aura vous aussi.

L’aura ? répéta Telhia en plissant les yeux. Qu’est-ce que c’est ?

Mais la mystérieuse inconnue garda le silence, le visage tourné vers le ciel sans pouvoir voir les nuages qui le cachaient. Après un moment, elle se tourna vers les deux filles, s’inclina et partit en direction des cabines.

Étrange, fit remarquer Telhia. Qu’est-ce qu’elle a voulu dire par là ?

Ash haussa les épaules.

Une fine goutte de pluie vint s’écraser sur la pointe de son nez, bientôt suivie par une deuxième qui effleura sa joue gauche. Peu de temps après, un fin crachin s’abattait sur les passagers du bateau qui allèrent peu à peu s’abriter à l’intérieur. Puis la luminosité baissa à mesure que les nuages noircissaient.

On ferait mieux de rejoindre Laruku, leur lança la voix de Kaïh alors que la pluie gagnait en intensité.

Elles obéirent et descendirent vers leur cabine commune. Là, des lits superposés les attendaient aux deux extrémités de la pièce. La traversée était sensée durer plusieurs jours et ils n’avaient pas eu de quoi s’offrir une suite chacun. Mais c’était là amplement suffisant. Laruku semblait s’être endormi, installé sur un des lits placés en hauteurs. Voyant que Telhia et Ash s’installaient déjà de l’autre coté de la pièce, Kaïh n’eut d’autre choix que de se poser juste en dessous de l’Etrah.

La pluie ne cessa pas de toute la nuit. Elle s’abattait en continu et avec force sur le bateau ballotté par les vagues. La température avait beaucoup baissé, obligeant tout le monde à se blottir dans d’épaisses couvertures en partie rongées par les mites. Le lendemain, ils ne remarquèrent même pas que le jour s’était levé tant l’épaisseur des nuages était importante. La pluie glacée labourait toujours le pont du navire et de temps en temps des éclairs venaient zébrer l’obscurité du ciel. En regardant par l’un des hublots de leur cabine, Ash chercha du regard la ligne d’horizon, mais tout était sombre. Ce ne fut que lorsqu’un éclair s’écrasa dans l’océan au loin qu’elle put apercevoir les hautes vagues qui secouaient régulièrement leur embarcation.

C’est une vraie tempête, fit remarquer Laruku qui avait aussi observé la scène à travers un des autres hublots. J’espère que nous arriverons à destination en un seul morceau.

Ça va bien finir par s’arrêter, lança Kaïh visiblement de mauvaise humeur.

Personne n’avait vraiment fermé l’œil de la nuit, sauf Laruku.

Sache qu’au dessus de l’océan, ce genre de temps peut durer pendant des semaines, répondit Laruku. Mais cela peut jouer en notre faveur.

Comment cela ? demanda Telhia.

Nous voguons dans le sens des courants marins. Et avec cette tempête ils sont bien plus rapides. Avec de la chance nous rallierons Nehbrah d’ici quatre ou cinq jours.

– … ou nous mourrons engloutis par les flots, souffla Kaïh. J’ai comme une envie de vomir, je vais faire un tour dans la cale.

Et il s’en fut en maugréant.

Elle avait raison, dit alors Telhia, toujours couchée sur son lit placé au dessus de celui d’Ash.

Tu parles de la jeune femme que nous avons vue hier sur le pont ? demanda la princesse.

Je me demande comment elle a pu le savoir. Elle ne pouvait même pas voir le ciel.

Oh, pas besoin de voir le ciel pour sentir une tempête approcher, s’exclama Laruku.

Voyant que les deux autres attendaient qu’il développe, il s’éclaircit la voix avant de continuer.

En fait la température à l’extrémité supérieure et inférieure des nuages est différente et cela crée une tension électrique extrêmement élevée produisant ce qu’on appelle communément des éclairs. Cette tension électrostatique perturbe généralement la magie en augmentant légèrement sa puissance. Les magiciens de haut niveau peuvent facilement ressentir cette perturbation. En réalité ceci s’explique facilement grâce aux cata…

Ce qui veut dire que cette femme était une magicienne chevronnée ! S’emporta Telhia en coupant Laruku. Ash, allons essayer de la retrouver !

La princesse ne put pas résister à la vue de son amie si enjouée par l’idée. Cela lui rappelait Zankior, lorsque leur vie était encore paisible et naïve. Elles sortirent donc dans le couloir où quelques personnes discutaient, une pointe d’inquiétude dans la voix. Les passagers n’étaient pas rassurés, et cela se comprenait facilement.

Elles se dirigèrent vers la pièce principale destinée aux passagers désirant se détendre. C’était une sorte de grand salon au sommet duquel se trouvait un lustre inondant la pièce de lumière. Des canapés vieillots entouraient une grande table au centre du salon. Plusieurs personnes y jouaient aux cartes, l’air sérieux. D’autres tables étaient disséminées aux alentours. Dans le fond, un bar en bois servait aux clients tous les types d’alcools possibles et imaginables. Kaïh y était assis, parlant tranquillement avec le barman. Les passagers étaient en majorité des Hommes, fuyant Teronel, mais il y avait aussi quelques Etrahs.

Ash fouilla minutieusement la pièce des yeux mais ne trouva pas trace de la jeune femme aux yeux bandés.

Telh, tu la vois toi ?

Non, mais allons jeter un œil là-bas.

Elle la traîna vers un escalier bordant le bar et elles en gravirent quatre à quatre les marches pour se retrouver nez à nez avec une véritable montagne de muscles.

Vous n’avez rien à faire ici, grogna l’homme d’une voix rauque.

Oups, pardon, s’excusa Telhia.

Cependant, Ash la retint avant qu’elle ne fasse demi-tour. Derrière l’armoire à glace ambulante se trouvait une sorte de balcon dominant la grande pièce où l’équipage venait se détendre. Le capitaine était présent, reconnaissable par son costume et sa casquette, un verre de rhum à la main. Il semblait importuné par une personne qui s’adressait à lui d’un ton calme. Ash reconnut immédiatement sa silhouette, c’était la femme aux yeux bandés.

Je sais parfaitement tenir un cap madame, s’outra le capitaine. Je n’ai pas besoin des conseils d’une Chaman.

Il va bientôt être trop tard, dit la femme sur un ton calme. Si vous ne prenez pas les commandes tout de suite il sera trop tard.

Le capitaine se mit à rire à gorge déployée.

Des tempêtes, j’en ai vu dans ma vie. Laissez-moi vous assurer que celle-ci n’est pas plus terrible qu’une autre. Nous arriverons à bon port sans avoir à déplorer une seule victime, je peux vous l’ass…

Une violente secousse ébranla le bateau. Le lustre se balança avec une telle violence, que plusieurs petites pierres transparentes en dégringolèrent, s’écrasant sur les passagers jouant aux cartes. La lumière clignota par intermittence, et un grondement sourd indiqua que de la tôle se tordait quelque part. Telhia perdit l’équilibre et faillit chuter dans l’escalier. Heureusement, le géant qui leur barrait la route la rattrapa de justesse.

Merci, bégaya-t-elle embarrassée.

Il est trop tard, lança alors la femme aux yeux bandés. « Ça » nous attire.

Quoi ? s’exclama le capitaine en fronçant les sourcils, déjà bien inquiet par la secousse.

Une nouvelle secousse, plus forte encore, les fit tous tomber à terre. Cette fois-ci ce fut Ash qui chuta en direction des escaliers. Et même si son amie lui tendait la main pour la rattraper, elle n’eut pas le temps de réagir. Sa tête heurta violemment le sol pendant qu’un bruit assourdissant emplissait la grande pièce. Des gens se mirent à crier, certains à pleurer. Bientôt un hurlement retentit, repris en cœur par d’autres passagers. Ash ouvrit les yeux au moment où le lustre se décrochait du plafond, plongeant droit sur elle. Elle resta paralysée face à cet énorme objet fonçant à toute allure vers elle. Cela lui semblait irréel et son cerveau n’arrivait pas à comprendre ce qu’il se passait. Fort heureusement, des bras la saisirent avec force et la traînèrent en arrière assez vite pour que le lustre la manque. Il s’écrasa dans un grand fracas. Une multitude de morceaux de verre foncèrent dans tous les sens, blessant les passagers. Un bras vint se placer devant le visage d’Ash pour la protéger de ces petites lames de verre.

Ça va ? lui demanda Kaïh en inspectant son visage. Tu n’as rien ?

Ça va, répondit-elle.

Puis elle lança un regard paniqué vers le haut des escaliers, cherchant son amie des yeux. L’escalier en question s’était effondré, mais au sommet Telhia était indemne, protégée par la jeune femme au bandeau. Ash voulut appeler son amie, mais elle n’en eut pas le temps. Une nouvelle secousse, encore plus forte, renversa le navire sur le coté. Le corps d’Ash s’écrasa contre un des murs et une écoutille explosa, laissant rentrer une grande quantité d’eau dans la pièce. Les cris redoublèrent. Certains passagers étaient emportés par la force du courant qui se déversait sur eux. Un véritable mur d’eau se forma en quelques secondes, balayant tout sur son passage. La princesse ne put rien faire pour l’éviter et se le prit de plein fouet.

L’eau était si froide que son corps entier se mit à trembler presque instantanément. Ses membres se raidirent et elle perdit toute sensation dans les doigts. En ouvrant les yeux, elle aperçut un passager, pris au piège sous une table, se débattant furieusement pour se dégager, sans succès. Elle ne réfléchit même pas, et nagea dans sa direction. Elle tira de toutes ses forces sur la table de bois, mais celle-ci ne bougea pas d’un millimètre. Paniquée, sentant l’air se raréfier dans ses poumons, elle jeta des coups d’œil autour d’elle. Mais rien ne pouvait l’aider. Elle dégaina alors son Magun, mais ses doigts engourdis le laissèrent tomber et il fut rapidement emporté par le courant. Kaïh la rejoignit alors et ensemble ils tirèrent à nouveau sur la table jusqu’à ce que celle ci finisse par se débloquer, libérant le passager. Ils foncèrent tous les trois vers une poche d’air au dessus d’eux. Mais l’eau montait à toute vitesse et bientôt il n’y aurait plus aucun moyen de respirer. Il fallait qu’ils sortent du bateau au plus vite.

Telhia ! hurla Ash la voix tremblante. TELHIA !

Je vais bien, lui répondit la voix lointaine de son amie, à moitié couverte par des cris de paniques. Il y a une sortie par ici, vous pouvez nous rejoindre ?

Une grande partie du salon s’était effondré et les décombres s’étaient accumulés contre le balcon surplombant la pièce. Impossible ni de les franchir, ni de les dégager.

Sors d’ici, hurla Ash à son amie. Nous avons aussi une sortie de notre coté. On se rejoint dehors !

Kaïh échangea un regard avec Ash. Il semblait n’y avoir aucun moyen de s’échapper pour eux. Le couloir menant aux cabines n’était plus qu’une fissure composée de tôles froissés et coupantes comme des rasoirs. Et impossible de nager à contre courant en direction des écoutilles. Ils étaient pris au piège avec une vingtaine d’autres personnes qui commençaient peu à peu à se rendre compte du sort qui les attendait.

L’esprit du vent, peux-tu y faire appel ? lui hurla Kaïh pour couvrir les bruits alentours.

Je n’ai plus mon Magun, lui répondit-elle. Je ne sais pas si je vais y arriver.

Elle se concentra tout de même de toutes ses forces, mais une nouvelle secousse ouvrit une nouvelle brèche et un torrent d’eau glacée les submergea tous.

Le corps d’Ash s’engourdit, mais elle eut l’étrange sensation qu’on l’attirait vers le fond. Elle essaya de se débattre, mais ses membres étaient de plus en plus raides et son rythme cardiaque était si rapide qu’elle avait l’impression que son cœur allait exploser.

Elle ne voulait cependant pas se laisser aller et continuait à agiter ses membres dans l’eau glaciale.

Au bout d’un moment qui lui parut une éternité, une main saisit son poignée et elle fut traînée à toute vitesse vers la surface où elle put enfin prendre une profonde inspiration.
Elle se sentit presque instantanément mieux et remarqua que le ciel au dessus d’elle était toujours nuageux, mais semblait beaucoup plus clair. De la neige tombait doucement sur elle. Puis elle se redressa en se rendant compte qu’elle était sur la terre ferme. De petites vaguelettes lui chatouillaient les chevilles, mais le reste de son corps était sur une sorte de sol très dur, à la couleur noire. Au loin elle ne distinguait rien à cause d’un épais brouillard.
Lorsqu’elle se retourna pour voir où elle avait atterris, son souffle se coupa.

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Un commentaire pour Chapitre 13

  1. yumikuroshiro dit :

     » (…) Son souffle se coupa.  »
    Ce chapitre aussi nous a coupé le souffle. Ce voyage sur le bateau et la connaissance de nouveaux membres dans l’équipe peut-être ?
    Au fur et à mesure des lectures des chapitres, il y a quelque chose qui change au niveau temporel. Ce que je veux dire c’est qu’on ressent moins le bond comme dans le chapitre 9 lorsque ça raconte le mois passé par les 3 amis et Anghor qui s’enfonce dans les ténèbres (j’ai trouvé que ça allait trop vite 7 paragraphes). Au fil de l’histoire, c’est de mieux en mieux détaillé, c’est fluide et surtout … Ça donne envie de lire la suite !

    Alleeeeez, chapitre 14 !!!

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