Chapitre 11 :

Et l’orage éclata

– Donc en tant que fille biologique d’Anghor je ne suis pas totalement humaine, n’est-ce pas ?

– C’est cela, répondit Laruku. Mais il semblerait que ton métabolisme soit bien celui d’une humaine. La seule chose qui pourrait éventuellement te différencier c’est ton talent en magie. J’ai beaucoup parlé avec Oxaka, ta tutrice, et elle m’a confié que tu avais été son élève la plus douée.

Le feu lâcha un crépitement plus fort que les autres, lançant une gerbe de flammes vers le ciel étoilé, illuminé par les deux lunes.

– Est-ce que je risque de devenir… comme lui ? demanda timidement Telhia après un moment.

– Comment ça ? Je ne comprends pas.

– Est-ce que je risque de perdre la raison comme lui ?

Laruku remonta ses lunettes sur son nez.

– Je ne pense pas qu’il ait perdu la raison. Son comportement est issu de choix réfléchis et pesés qui sont censés l’amener à atteindre son but. Il est comme tout le monde, seules ses intentions sont déviantes.

– Je vois.

Telhia garda le silence, les bras croisés autour de ses genoux, observant les flammes dévorer doucement le bois.

– Tout ça on s’en fiche, dit soudainement Kaïh. Tu es ce que tu es, peu importe ce qu’Anghor a fait ou fera. Pas la peine de te prendre la tête.

– C’est à peu près ce que j’ai dit, souffla Laruku.

– Oui mais toi, on ne comprend rien à tes paroles !

Deux jours étaient passés depuis leur départ d’Ares et ils n’allaient pas tarder à arriver à Riah. Ils avaient fait halte pour la nuit dans un petit village abandonné. La plupart des maisons étaient encore intactes, mais ternies par le temps. Ash était entrée dans l’une d’elle, constatant que tout était resté en ordre. Comme si quelqu’un habitait encore dans ces maisons. Seule l’épaisse couche de poussière trahissait cette impression.

– Dis-moi, le coq, qu’est-il arrivé à ton œil ?

Par réflexe, Kaïh porta sa main à son visage pour cacher sa pupille en forme de croix blanche sur fond noir. Il mit un petit moment avant de répondre.

– C’est Anghor qui a tenté de me tuer. Je ne lui ai échappé que par miracle.

À nouveau Laruku remonta ses lunettes sur son nez, plissant les yeux.

– Étonnant, lâcha-t-il. Étant donné la puissance magique d’Anghor, il est en effet impensable que tu aies survécu, à moins…

– À moins que quoi ? demanda Kaïh sur un ton sec. Que moi aussi je sois doué de pouvoirs extraordinaires me différenciant des autres humains ?

– Non, ce n’est pas à cela que je pensais. Je ne pense pas que tu aies la moindre particularité génétique ou physique.

Kaïh se leva d’un bond les poings serrés. Ash leva vers lui un regard interrogateur qui le gêna au plus haut point.

– J’avais déjà bien compris cela, merci, lança-t-il simplement avant de s’éloigner du camp.

– Aurais-je dit quelque chose de déplacé ? demanda Laruku aux deux filles.

– Eh bien… commença Telhia avant d’hésiter à continuer.

– Pas vraiment, compléta Ash. C’est juste que la fierté humaine est bien plus développée que celle des Etrahs. Et particulièrement celle des hommes. Même si tu es la personne la plus intelligente que je connaisse, tu as encore beaucoup de choses à apprendre des humains.

– Je peux le concevoir. C’est sûrement une question de chimie biologique.

Personne ne reprit la parole et ce soudain silence révéla bientôt les bruits de la nuit. Quelque part non loin d’eux un grillon frottait ses ailes l’une contre l’autre. La chaleur de la journée s’était quelque peu estompée, laissant place à une légère brise nocturne séchant la sueur qui perlait sur leurs fronts. Même si la nuit était tombée depuis déjà un petit moment, on y voyait toujours clair grâce aux lueurs des lunes. Mais leur éclat n’était pas assez puissant pour effacer celui des étoiles qui parsemaient la voûte céleste. Il fallait songer à dormir, mais Ash n’y parvenait pas. Elle avait perdu le sommeil depuis bien longtemps maintenant. Les rares fois où elle s’était assoupie, elle avait commencé à sentir une présence en elle. Elle avait vite compris que c’était dû aux esprits originels et de ce fait n’en avait parlé à personne, jugeant cela normal. Et puis elle n’était pas plus fatiguée pour autant. Ce qui la dérangeait vraiment, c’était de devoir attendre le matin, seule, sans avoir personne à qui parler.

– Je me demande quand même pourquoi ce village a été abandonné ? demanda Telhia après plusieurs minutes sans qu’un mot ne soit prononcé. Les habitants auraient été chassés par quelqu’un ?

– Ne t’inquiète pas, ils vont bien, répondit Laruku. Lorsque le roi a appris ce qu’Anghor avait fait, il a invité les Etrahs des petites villes et villages voisins à se réfugier dans la capitale. C’est un endroit bien plus sûr, capable de résister à un siège de plusieurs mois.

– Alors ils ont tous abandonné leur foyer ?

– Pour la plupart, oui. Ce ne sont que des biens matériels qu’ils ont laissé derrière eux. Le plus important, ils le gardent près d’eux.

– Et qu’est-ce que c’est ?

– Leur famille, répondit Laruku en tournant les yeux vers le feu. Les Etrahs placent la communauté et plus particulièrement la famille au dessus de tout. Ça tient sans doute du fait que l’éducation d’un jeune prend beaucoup de temps du fait de notre espérance de vie très longue. Les connaissances engrangées par notre peuple sont colossales et, jusqu’il y a peu, étaient perpétuées uniquement à l’oral des anciens vers les nouvelles générations.

– Pourquoi « jusqu’il y a peu » ? demanda Telhia curieuse.

Laruku lâcha un petit rire satisfait.

– Tu n’y as peut-être pas fait attention, mais Ares est à la pointe de la technologie. Des terminaux sont présents dans toute la ville permettant une transmission immédiate de données virtuelles ou même des communications vocales longue distance. Nos connaissances ont ainsi fait un bond en avant et nous stockons désormais nos données dans plusieurs terminaux enfouis dans les sous-sols d’Ares. C’est plus sûr, ce n’est pas altérable et surtout c’est éternel.

– Je n’ai pas tout compris, avoua Telhia, mais cette technologie a l’air très complexe, j’aimerais bien y jeter un œil.

– Si l’occasion se présente, je te ferai faire un tour des installations. Pour l’instant il n’y a que la capitale qui soit équipée. Ce sont des installations relativement récentes… une sorte de prototype à grande échelle.

Un léger bourdonnement indiqua qu’un orage avait éclaté au loin. Ce bruit imposa le silence pendant un bon moment. L’orage semblait se rapprocher, doucement.

– Et qu’en est-il de ta famille ? demanda Ash à son maître.

Mais il ne répondit pas. Il n’eut même pas une once de réaction prouvant qu’il avait entendu la question. Ce n’est que bien plus tard qu’il reprit la parole :

– L’une de vous devrait aller voir ce que fait le jeune coq. S’il tombe dans une embuscade, ou s’il se perd, on aura eu droit au pire.

Telhia et Ash échangèrent un regard sans trop savoir comment interpréter le non-dit de Laruku. Puis la princesse se redressa et partit dans la direction que Kaïh avait empruntée un peu plus tôt.

Elle dépassa une rangée de maisons aux fenêtres grandes ouvertes, à travers lesquelles s’agitaient de longs et fins rideaux aux motifs floraux. Puis elle se mit à suivre un large chemin qui la mena jusqu’à la place du village autour de laquelle se trouvaient une dizaine de petites boutiques. Au dessus de chacune d’elles se balançait un écriteau indiquant leur spécialisation : herboristerie, alimentation, armurerie, vêtements…

C’est dans une ruelle bordant une petite bibliothèque qu’Ash perçut la voix de Kaïh. Elle s’aprocha en silence pour entendre ce qu’il disait.

– Je ne comprends pourquoi ça ne marche pas ! Ils y arrivent si facilement !

Elle se décala un peu pour l’avoir dans son champ de vision.

Il tendit ses mains devant lui et se concentra en fermant les yeux et plissant les sourcils.

– Allez ! s’écria-t-il après un instant sans que rien ne se passe. Une simple petite flamme, ça ne doit pas être compliqué à faire !

Il refit les mêmes gestes, mais sans plus de succès. Ash s’avança alors.

– Je ne pensais pas que tu étais comme ça.

Il sursauta avant de faire face à la princesse, le regard fuyant.

– Certaines personnes n’arrivent jamais à maîtriser la magie. C’est comme ça, on n’y peut rien.

– Mais je dois être plus fort ! s’écria Kaïh.

– Lorsque tu nous as sortis du château Telhia et moi, tu as fait preuve d’une grande volonté et d’une grande force et je ne te remercierai jamais assez pour ça. Sans toi nous ne serions même pas là en ce moment. Et ce mois que tu as passé à t’entraîner pour pouvoir m’accompagner est tout autant admirable. Mais ton désir d’acquérir encore plus de puissance risque de se transformer en obsession. Et l’obsession est ce qui a submergé notre ennemi, tu le sais bien.

– Et comment suis-je censé te protéger en sachant que l’autre jour, sans Laruku, je serais mort ?

Ash essaya de bien choisir ses mots avant de répondre. Kaïh était important à ses yeux, mais il devait comprendre qu’elle n’était plus la princesse frêle qu’il devait surveiller. Elle n’était plus un poids désormais.

– Je sais me défendre toute seule, répondit-elle finalement. Ce dont j’ai besoin, ce n’est pas d’un chevalier servant sur lequel je me reposerais les yeux fermés. Ce dont j’ai besoin, c’est de camarades pour m’épauler durant ce voyage. M’épauler, pas me protéger. Car s’il se présente, je ne resterai pas sans rien faire face au danger. Je combattrai de toutes mes forces et je gagnerai jusqu’à atteindre Anghor.

Kaïh baissa la tête, les dents serrées. L’orage était à présent tout proche et la pluie commençait à tomber.

– Accepte donc tes faiblesses et ne t’enorgueillis pas de ta force. C’est à cause de cela que Laruku a dû intervenir dans ton combat la dernière fois. Vois nous comme une équipe. Toi tu excelles dans la force physique. Telhia, elle, est apparemment très douée pour la magie en tous genres et Laruku est d’une rapidité sans commune mesure. Ensemble nous n’avons aucune faille. Alors que si tu ne comptes que sur toi… oui, seuls nous sommes beaucoup plus vulnérables.

Kaïh, après un moment de flottement, poussa un soupir puis releva la tête.

– Tu as beaucoup changé en un mois, dit-il. Et je crois que tout ça m’a un peu fait perdre la tête.

Il s’approcha d’Ash, puis la dépassa avant de s’arrêter, dos à elle.

– En fuyant le château je me suis répété qu’il ne devait rien vous arriver à toi et Telhia. J’avais déjà échoué à protéger le roi, ton père, pour rien au monde je ne voulais qu’il t’arrive malheur. J’étais le plus âgé et le seul à réellement savoir me battre. Il était logique que vous dépendiez de moi… mais je constate que ce n’est plus le cas.

Il se retourna et acquiesça d’un mouvement de tête.

– J’ai bien compris, ne t’inquiète pas. À vrai dire, je crois même que tu viens de m’ôter un poids qui pesait lourd sur mes épaules. Cela dit, même si tu es devenue assez forte pour te défendre toute seule, sache que je n’hésiterai pas à prendre un coup à ta place si je te sais en danger. De même pour Telhia. C’est comme ça. C’est l’une de mes faiblesses, et je l’accepte.

– D’accord, du moment que tu laisses tomber la frime et les exercices de magie dans le vide, plaisanta Ash.

– C’est promis, répondit Kaïh le sourire aux lèvres.

Un sourire qui se figea brusquement sur son visage, et Ash ne comprit pas tout de suite pourquoi un liquide sombre glissait à la commissure des lèvres de Kaïh. Ce ne fut que lorsque les contours d’un visage couvert de bandages se dessina derrière lui que la princesse comprit l’horrible scène qui commençait à se jouer devant elle. Une large pointe recourbée avait transpercé le corps du jeune homme à la base du sternum. Une goutte de sang glissa le long de la pointe puis tomba vers le sol. Cette chute parut durer une éternité pendant laquelle l’esprit d’Ash refusa d’admettre la réalité de ce qu’elle voyait. Une voix, entre le murmure et le sifflement, la sortit de sa confusion.

– Tu n’auras jamais l’occasion de sauver la princesse, Kaïh Theros. Tu meurs en lâche et en traître, aussi inutile qu’impuissant.

Après un bruit atroce de chair écrasée, son corps tomba mollement au sol, inerte, révélant l’être qui l’avait poignardé par derrière. Le visage enveloppé dans de larges bandages blancs, de longs membres terminés par une fine griffe et un corps quasi-inexistant. Ash avait l’impression d’avoir en face d’elle l’effroyable croisement entre un homme et une araignée.

L’orage était à présent sur eux, déversant trombes d’eau et tonnerre.

La chose sembla s’incliner en avant, saluant la princesse avec respect.

– Princesse Zanakioriah, vous ne pouvez imaginer la satisfaction que j’éprouve à enfin vous avoir retrouvée. Ils vont tous rougir de jalousie lorsqu’ils l’apprendront. J’en frétille d’avance.

Ash déglutit plusieurs fois, se forçant à ne pas céder à la panique et tentant de faire taire la petite voix qui lui répétait que Kaïh se vidait de son sang à ses pieds. Elle savait pertinament qu’au moindre faux pas, elle se retrouverait dans le même état. L’homme dégageait une aura de tension extrême, pesant sur ses épaules.

– Qui êtes-vous ? articula-t-elle doucement en se forçant à garder les idées claires.

– Mon nom est Acedioth, pour vous servir, ma Princesse. Je suis l’une des personnes chargées, entre autres choses, de vous retrouver. Aussi, vous demanderai-je de me suivre sans plus tarder. La route va être longue jusqu’à Roiknaz.

– Roiknaz ? répéta Ash.

L’homme s’avança vers elle d’une démarche très souple, presque gracieuse, accentuant dans l’esprit de la princesse l’impression qu’elle était en face d’un insecte géant.

– La résurrection de la capitale des Hommes sous la forme qu’elle mérite : une cité imposante et inspirant le respect et l’effroi à nos ennemis. La troisième Zankior, reflétant les deux précédentes, sans leurs défauts et leurs faiblesses. Roiknaz, la capitale du royaume de Gaëa.

– Vous êtes au service d’Anghor ? demanda Ash comme pour confirmer ce qu’elle savait déjà.

L’homme se contenta de rire en guise de réponse. Il était assez proche d’elle. A portée de main. Assez près pour qu’elle puisse porter une attaque. S’il était encore vivant, c’était la seule chance pour Kaïh d’être secouru. Mais il fallait qu’elle mette son adversaire K.O. d’un seul et unique coup. S’il se relevait, elle serait à sa merci.

Thyella, je t’en prie, aide-moi, supplia-t-elle silencieusement à l’esprit en elle.

Et sans hésiter plus longtemps elle concentra ses forces dans son poing droit. Celui-ci fila avec une vitesse incroyable vers l’homme araignée. Une fraction de seconde plus tard le bras d’Ash était complètement tendu, dans le vide, une bourrasque de vent balayant la rue déserte en face d’elle.

Estomaquée, elle chercha du regard son ennemi qui semblait avoir totalement disparu.

– J’avais espéré ne pas en arriver là, lâcha la voix de l’homme, mais vous me forcez à insister.

Elle tenta de localiser sa provenance, mais la source de ces paroles semblait se déplacer à grande vitesse autour d’elle.

– Rassurez-vous, j’aurai tout de même la décence de ne pas vous y contraindre moi-même. Ce serait comme essayer de saisir un papillon sans lui faire de mal. Vous n’êtes encore qu’une faible fillette, même avec vos nouvelles capacités. Je vous laisse donc aux soins d’une force plus apte à vous appréhender. Et ne vous inquiétez pas pour vos amis, ils sont déjà en de bonnes mains.

Et la voix se tut tandis qu’Ash sentait son cœur tambouriner contre ses tempes. Néanmoins, à son grand étonnement, elle réussit à ne pas céder à la panique, même si sa respiration était rapide et que des perles de sueur se mêlaient aux gouttes de pluie ruisselant sur son visage. Elle n’attendit pas plus longtemps et s’accroupit pour vérifier que Kaïh était toujours en vie. Elle sentit à peine son pouls sous son index. Sa peau avait commencé à se refroidir, et le sang continuait de couler par le trou béant au centre de son torse. La princesse arracha l’une de ses manches et pressa inutilement le bout de tissu sur sa blessure. Il valait mieux ne pas le bouger tant que Laruku et Telhia ne seraient pas sur place. Mais si le dénommé Acedioth avait dit juste, ils n’arriveraient peut-être jamais…

Elle n’eut pas le temps de se poser plus de question. Le sous-fifre de l’homme araignée était là. Elle sut tout de suite à qui elle avait affaire. Il sembla surgir d’une tâche sombre sur le sol non loin d’elle, dans un coin de rue. Lentement il parut s’extraire du sol avec difficulté. Ses bras étaient finis par une large main aux longs doigts fins au bouts desquels se trouvait des griffes rongées par le temps. De larges plaies sur ses membres suintaient un liquide noirâtre et une odeur nauséabonde se dégageait de la chose. Son visage était caché par un masque de métal sans expression. Seules deux lueurs rouges brillaient à travers des fentes faites aux niveau de ses yeux. De longs cheveux noirs, couverts de graisse, tombaient jusqu’à sa poitrine cachée par des plaques d’acier rouillées. Lorsqu’il fut enfin sorti de son trou, Ash put noter sa taille impressionnante. Il mesurait facilement trois mètres et son corps fin accentuait encore l’impression qu’il la dominait totalement. Un voile sombre paraissait danser autour de lui. Et pour finir, il semblait dégager une aura de mort, de tristesse et de rage incontrôlable. Pour la princesse c’était clair ; elle avait en face d’elle un démon.

Comme pour confirmer cette impression, il tendit sa main griffue vers elle, révélant au creux de sa paume une ouverture circulaire bardée de dents pointues.

Ash sentit le démon en elle remuer et la voix de son coté sombre commença à doucement murmurer à ses oreilles.

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